Ahoy actually

Beaucoup d’entre vous connaissent sans doute déjà Bref Mtl, boutique et lieu d’exposition pour les créations de divers artistes émergents. J’en ai (enfin) fait la visite récemment, et j’invite ceux qui sont à la recherche d’objets uniques, ou en édition limitée, à encourager l’initiative de Cynthia Moreau et Maude St-Louis. Lorsque j’ai appris que la boutique se parait d’une nouvelle thématique tous les mois, je me suis réjouie des multiples possibilités que cette formule originale pouvait offrir, non seulement en tant que plateforme de visibilité pour la communauté artistique, mais aussi comme lieu de découverte perpétuelle pour le public.

Comme dans un musée, j’ai religieusement fait le tour de cet endroit chaleureux.  Je ne serais pas surprise que la dame présente ce jour-là se souvienne de moi comme de la visiteuse du dimanche à l’air béat (et au chandail rayé vert et blanc)… Je ne nie pas avoir eu des étincelles dans les yeux et un sourire jusqu’aux oreilles, et ce pour une bonne raison : Le collectif Skinjackin’, à l’honneur ce mois-ci, m’a conquise par son humour et son inventivité, et a réveillé d’excellents souvenirs rattachés à mon grand amour des jeux de mots.  En effet, au creux de ma mémoire nichent quelques calembours, entendus lors des repas interminables ou des longues promenades qui ont ponctué mon enfance. Je les savoure encore quelquefois, avec la joie d’une gamine qui retrouve un bonbon oublié dans le fond de sa poche. J’ai donc été touchée par les détournements facétieux d’images, d’expressions ou de références culturelles présents sur les pièces exposées. Le Skinjackin’ est un groupe multidisciplinaire d’artistes dermo-pirates, basés dans différents ports d’attache, dont Montréal, Paris et Bordeaux. En d’autres termes, ces joyeux flibustiers laissent aller leur imagination débordante lors de séances de body painting, élaborant des tatouages éphémères, drôles, impertinents et colorés, inspirés de l’art urbain. Ils contribuent également à l’éveil artistique et créatif des petits et des grands enfants,  en orchestrant, entre autres, la réalisation collective de fresques. Cette démarche inédite permet  aux individus de retrouver le plaisir du jeu et de la légèreté, plaisir si simple mais ô combien libérateur et parfois même salutaire (… sauf pour nos zygomatiques). Chez Bref Mtl, chaque membre de l’équipage montréalais du Skinjackin’ nous fait découvrir son style et son univers, déclinés sur plusieurs formats sympathiques, tels que des T-shirts, des écussons, des autocollants, des illustrations à encadrer ou encore des cartes postales. J’ai ramené avec moi une poignée de ces pépites, contente et un brin nostalgique, comme un petit Marcel avec sa madeleine… Ce qui ne m’empêcha pas de réfléchir avec beaucoup de sérieux à l’agencement de mes nouveaux stickers sur mon ordinateur.

Les voies numériques qui vous mèneront au Skinjackin’ et à son hôte Bref Mtl sont indiquées à la fin de cet article, mais hâtez-vous d’aller en personne au 261, rue Bernard Ouest. Nos pirates lèvent l’ancre le 24 septembre…

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Au pied des murs…

… on se sent parfois minuscule, surtout lorsqu’on lève les yeux sur les réalisations des artistes du Festival MURAL. Chaque année depuis 2012, des génies de l’art urbain se retrouvent à Montréal pour peindre des fresques sous le regard médusé des passants. L’immensité des surfaces est un terrain d’expression parfait pour leur imagination fertile, qui stimule notre réflexion et donne l’envie de créer ou de rêver… en grand.

Une nuit au firmament

J’ai eu l’immense privilège d’assister à la Soirée des Étoiles qui a clôturé, dimanche 6 août, le Festival des Arts de Saint-Sauveur. Un moment inoubliable en compagnie de danseurs exceptionnels. La proximité du public avec la scène a donné à cette représentation une dimension particulière, à la fois spectaculaire et intimiste. Mes yeux ont dévoré tout ce qui s’offrait à eux : La virtuosité et la beauté des lignes, mais aussi les regards brillants de passion, les poitrines soulevées par la respiration, les muscles tendus par l’effort et une infinité de détails donnant aux prouesses techniques cette touche d’humanité et de réalisme qui nous rapproche tant des artistes.

Je retiendrai l’énergie débordante et la gaieté communicative de Daniel Ulbricht, danseur principal au New York City Ballet, qui a ouvert le bal avec l’impressionnant Gopak, fusion de danse traditionnelle ukrainienne et de ballet classique. Nous l’avons ensuite retrouvé dans un autre solo, Tatum Pole Boogie, mettant en valeur sa vélocité, puis dans un duo endiablé avec sa partenaire Danielle Diniz, Sing, Sing, Sing, qui m’a rappelé les envolées de Gene Kelly et de ses complices.

J’ai été touchée par la détermination et la grâce de Calley Skalnik et Laurynas Vejalis, jeunes danseurs prometteurs du Ballet National du Canada, qui ont relevé avec brio le défi que constitue le Grand pas classique, monument du répertoire.

L’extraordinaire fluidité de la sculpturale Drew Jacoby et de son partenaire Matt Foley, dans One et I Fall for you, m’a fascinée. En clair-obscur ou sous des lumières stroboscopiques, entre ballet classique et danse contemporaine, leurs corps brouillent les codes et s’attirent irrésistiblement.

J’étais impatiente de  pourvoir enfin voir Friedemann Vogel, joyau du Stuttgart Ballet, en chair et en os. Il a tout d’abord partagé la scène avec Guillaume Côté dans le poignant Chant du compagnon errant, duo signé par Maurice Béjart. Puis il a fait la démonstration de la parfaite maîtrise de son art dans Cadavre exquis, une pièce sensuelle et envoûtante, spécialement créée pour lui par Guillaume Côté.

Le spectacle s’est achevé avec le pas de deux du Cygne Noir (extrait du Lac des Cygnes), interprété par Heather Ogden et Guillaume Côté. Comme toujours, j’ai vibré aux accents insolents de la chorégraphie, et je suis restée sur le bord de mon siège lors des incontournables « trente-deux fouettés », mais j’ai été surtout émue par la complicité des danseurs et leur bonheur de partager cet instant sur scène.

J’ai beaucoup apprécié de pouvoir interagir aussi facilement avec les artistes et les directeurs Guillaume Côté et Étienne Lavigne à l’issue de la représentation. Cette ouverture et ces échanges sans barrière sont des moments très précieux. J’encourage vivement ceux qui ont pu assister à cette soirée mémorable, ou aux autres spectacles donnés dans le cadre du Festival, à partager leur expérience sans modération et à faire connaître cet évènement. L’édition 2018 est déjà inscrite à mon agenda…

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Pour en savoir plus sur le Festival :

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https://www.instagram.com/explore/locations/956361154/festival-des-arts-de-saint-sauveur/

https://twitter.com/StSauveurFest

« Mais ils m’ont planté, tout au fond du cœur, un bout de leur soleil et tant de couleurs, que ça m’a fait mal, que ça m’a fait mal… » – Edith Piaf, Les amants d’un jour

Le spectacle Rouge, présenté dans le cadre du Festival Montréal Complètement Cirque, a été prolongé jusqu’au 30 juillet à la Place Émilie-Gamelin, pour le plus grand bonheur des spectateurs. Je m’y suis précipitée avec ma boîte à trésors et mes yeux d’enfant, trop heureuse de pouvoir enfin y assister. Dans cette création, les acrobates nous parlent d’amour. Les corps s’attirent et gravissent des sommets, dansent avec passion et défient la gravité, lors d’une succession de tableaux explosifs et poétiques. J’ai tenté de recueillir quelques instants de ce beau vertige, que je tenais à partager avec vous.

Série Danse Danse – “Last Work” (Not least)

Ma connaissance d’Ohad Naharin et de ses créations était jusqu’alors assez limitée. J’avais entendu parler de la méthode Gaga et j’avais eu l’occasion de voir, il y a quatre ans, des extraits de Deca Dance interprétés par les Grands Ballets Canadiens. Je me souviens d’avoir été marquée par le paradoxe entre la répétition de mouvements dans un ordre précis et la liberté avec laquelle les artistes exécutaient les séquences. C’est donc avec une grande curiosité que je suis allée à la représentation de Last Work par la Batsheva Dance Company au mois de janvier. La chorégraphie est doublée d’une dimension théâtrale et ironique à travers laquelle sont dépeints des rapports humains cordiaux ou conflictuels. La force de cette pièce – et du travail d’Ohad Naharin en général – réside dans la transgression des limites du corps, mais une transgression parfaitement maîtrisée, harmonieuse et d’un naturel presque déconcertant. Au cours de cette soirée, je pense avoir expérimenté à plusieurs reprises l’état de stupéfaction.

Le rideau s’ouvre sur une scène dépourvue de décors. Une femme court sur un tapis roulant, aménagé sur une estrade proche du cyclo. Mon étonnement face à ce choix de mise en scène a fini par faire place à l’acceptation puis à l’admiration, quand j’ai réalisé que cette athlète serait notre compagne pendant toute la durée de la pièce. Cette présence s’est intégrée d’elle-même dans ma vision du spectacle, pas uniquement en tant qu’élément purement scénographique mais également en tant que trame temporelle. Enfin, il m’a semblé évident que cette course de soixante-dix minutes constituait une performance que je me devais de saluer. J’ai appris plus tard que ce rôle était en fait tenu alternativement par plusieurs danseurs et danseuses de la compagnie qui s’étaient portés volontaires et qui avaient suivi un entraînement spécial.

Partant de gestes simples, fluides ou saccadés, qui atteignent progressivement une amplitude hors du commun, la chorégraphie interprétée par les autres artistes révèle des dimensions inexplorées du mouvement humain. Les termes « courbes », « ondulations » ou « flexions » en donneraient une définition incomplète, tant les enchaînements vont au-delà de ce qui est habituellement vu ou expérimenté. Même le rapport au sol semble totalement redéfini. L’abandon à la gravité est tel que les corps se fondent littéralement dans le sol, l’épousent ou en jaillissent.

La pièce s’achève dans une sorte d’apogée, où tous les artistes sont réunis sur scène dans une formidable explosion de mouvements. Le génie de cette composition réside dans un désordre très organisé, où des gestes radicalement différents sont exécutés simultanément sans jamais être discordants. Et que dire de l’impétuosité de l’action finale, où un danseur, armé d’un dévidoir de ruban adhésif, parcourt frénétiquement la scène en attachant ensemble les autres artistes, créant ainsi une gigantesque toile d’araignée? L’énigme demeure, mais cette montée en puissance ne laisse pas indifférent.

De l’interview d’Ohad Naharin qui a succédé à la représentation, j’ai essentiellement retenu ce point de vue, qui a ouvert de nouvelles portes dans ma perception de la danse : Pour le spectateur, la quête du sens d’une chorégraphie ou d’un choix scénographique en particulier ne devrait pas avoir tant d’importance. L’essentiel ne se situe qu’au cœur des émotions qu’elle procure, et l’étonnement ou  l’émerveillement sont déjà en soi des formes de compréhension.

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Pour en savoir plus sur la compagnie :

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https://www.youtube.com/user/batshevadancecompany

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